M Quân

M Quân - Volontaires, Paris 15ème

Au détour de la rue de Vaugirard, la porte de ce boui-boui vietnamien est toujours ouverte. Pourtant depuis plus de 25 ans, seuls les initiés viennent y déguster les plats dont les prix n'ont jamais augmenté.

Car Monsieur Quân n'est pas là pour l'argent. En cuisine, en salle ou sur le trottoir, l'homme aux lunettes rondes et fines moustaches n'a qu'un but : le partage.

Le partage de sa philosophie qui pourrait sauver le monde de ses maux les plus terribles : le capitalisme humanitaire.

Pourquoi faire le portrait de Monsieur Quân ?

En général, Monsieur Quân ne passe que peu de temps sur le trottoir. Mais sa porte est toujours ouverte et de l'extérieur on peut toujours l'apercevoir.

A l'approche du Drapeau de la fidélité, le regard se tourne quasi automatiquement pour capturer quelque chose de cet intérieur improbable. Le « Salon de thé, cave, café » pique la curiosité. Plusieurs fois.

Des odeurs exotiques s'en dégagent, des guirlandes électriques égaient la devanture, des livres posées contre la fenêtre incitent à la philosophie, cette carte de boissons et plats aux prix défiants toute concurrence. Et cette phrase « Boire un petit coup c'est agréable ».

Mais il y a aussi cet homme. Ce fameux Monsieur Quân, aux fines moustaches, aux lunettes rondes, à la casquette de titi vissée sur la tête, ce Monsieur Quân à l'âge indéterminable, à la mine toujours réjouie, à la parole prolixe.

Car c'est bien cette parole qui fait la particularité de Monsieur Quân. Réfugié politique vietnamien, Monsieur Quân a toujours parlé, surtout de philosophie. C'était son métier, professeur, à Saïgon, avant d'être emprisonné par les communistes du Nord Vietnam. Une captivité qui l'a ensuite poussé à quitter son pays pour gagner la France. Une captivité qui l'a mené aussi à écrire pour les autres.

Monsieur Quân a élaboré un remède pour la planète : la capitalisme humanitaire, une doctrine qui selon lui peut résoudre tous les maux : politiques, économiques, physiques.

Monsieur Quân a écrit noir sur blanc toutes ses idées et pensées. Il a publié plusieurs livres de philosophie mais aussi des romans. Et quand il vous accueille avec son tablier de cuisinier, pour vous servir des spaghettis bolognaises ou des bo-buns, il n'hésite jamais à vous glisser un ou deux mots pour vous convaincre du bien fondé de sa théorie.

Le Drapeau de la fidélité est une adresse en retrait de la rue de Vaugirard, seuls les initiés s'y aventurent. Mais le bouche-à-oreille fonctionne et garantit à Monsieur Quân une audience.

En 25 ans d'activité, il n'a jamais changé ses prix, car l'argent n'est pas une valeur pour lui, seul la richesse du coeur compte.

Une autre explication est-elle réellement nécessaire pour justifier le portrait de cet homme ?

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